Polémique : du grec polemikos, qui concerne la guerre. Sans aller jusque-là, il y en a déjà trop, le sujet qui l’a déclenchée ne mérite pas le sens péjoratif qui est souvent donné au mot. Bien au contraire, il permet dans le cas présent de poser des questions, plus ou moins clairement exprimées, et d’envisager pour certaines des propositions de solutions.

On peut donc se réjouir du sujet autant que des réactions. Et toutes celles qui seront constructives seront sans doute les bienvenues. Qu’on nous permette d’y réfléchir.

La discussion est née de la vente d’un bien privé, le Trinquet du Golf , et du sentiment qu’a suscité cette vente qu’un Trinquet, installation de pratique de la Pelote Basque essentiellement, a été considéré par quelques-uns comme élément d’un Patrimoine Culturel et Sportif local (basque) et qu’à ce titre, il devait être sauvegardé par l’institution (au sens large) publique.

Un site été ouvert « Gardons nos frontons » et une pétition a été lancée afin de créer un mouvement populaire pour s’opposer à la vente et demander l’intervention de l’  « institution ».

Bien sûr, la presse qui ne veut pas être en reste, s’est emparée du sujet soit pour affirmer détenir « la vérité » en laissant le vendeur exposer son point de vue (le journal déclare n’avoir « pas pu entrer en contact » avec l’autre partie), soit pour reprendre les arguments des deux parties en rappelant le droit privé de l’un et l’argument Patrimoine des autres.

Le vendeur, de son côté, est loin d’être un inconnu et il faut lui reconnaître le mérite d’avoir œuvré de longues années pour consacrer son  gagne-pain à la promotion de la Pelote Basque : joueur amateur qui a atteint le « haut niveau » puis professionnel, puis gérant de l’héritage familial. Il aurait pu, dès son acquisition, le transformer en un outil plus rentable, les conseillers et les aides ne lui auraient pas manqué pour partager un gâteau qui a trouvé aujourd’hui preneur : c’est la « loi du marché » mise en musique par la LOI. Mais il n’est pas visé en tant que personne. Pourtant, alors que d’aucuns (Municipalité de Biarritz et gérant du Trinquet St Martin « sauvé », …) ont fait preuve d’imagination,  ici, d’autres pistes que la fréquentation loisirs du trinquet et de son bar avaient-elles  été envisagées avec ces mêmes partenaires et les Institutions sportives Pelote Basque et autres « académies » ?

De l’autre côté, on affirme bien haut qu’un trinquet, un fronton, sont des éléments d’un Patrimoine sportif et culturel et l’affirmation est reprise sous des formes approchantes par bien des signataires de la pétition qui ont laissé leur commentaire. Ecartons en passant ceux qui expriment un rejet quelque peu agressif du tourisme qui est pourtant un signe d’ouverture et d’enrichissement.

Notons enfin, au-delà du cas de ce Trinquet, une double prise de conscience dans les positions exprimées par les commentaires :

d’une part, la conscience de la valeur Patrimoniale et Culturelle des installations Pelote Basque. Il ne s’agit pas de réactions épidermiques : en 2005 ont été déposés en s/préfecture de Bayonne les Statuts d’une association loi 1901, Pilotazain, pour la Sauvegarde et la Promotion du Patrimoine Pelote Basque. Avec peu de moyens, elle prêche auprès de tous publics par presse, expos, conférences et initiations. Pour elle, le Patrimoine Pelote Basque comprend non seulement un bâti riche et divers sur l’ensemble d’Euskal Herria et alentours sans compter celui des pays pratiquants européens et d’au-delà des océans, mais aussi une large panoplie de spécialités gages de bien des fiertés, un artisanat qui permet leurs pratiques, elles-mêmes gardiennes d’une expression linguistique originelle en euskara , puis anglais, français et espagnol,  inspiratrice d’expressions littéraires et artistiques de grande qualité.

Cependant, Pilotazain devait vite constater que sa conviction associative de la nature Patrimoniale et culturelle de la Pelote Basque, bien qu’assez largement partagée sur le territoire d’Euskal Herria et au-delà, n’avait aucune existence officielle pour les Fédérations, malgré l’affirmation de feu le Président FFPB Me Abeberry dans l’éditorial de Pilota n°25 de  janvier 1974 : « …La pelote basque fait partie d’un patrimoine culturel… ». Déclaration  restée en l’état.

Et le Directeur Adjoint de Fr 3 Aquitaine, responsable de l’antenne et des programmes, d’affirmer dans Pilota 150 d’avril 2003 : « …je classe (la pelote) dans la catégorie…sports identitaires…au-delà du sport…qui a le plus de racines identitaires et culturelles… un sport patrimoine. Donc, autant il est nécessaire pour une fédération de développer cette pratique, la rendre populaire et ouverte à tous, autant il faut préserver et ses racines culturelles… ». Même le Président Rousset de la région Aquitaine affirmait la même année à propos de la Coupe  des As de Pessac : «Cette diffusion de la pratique de la pelote basque hors de ses frontières traditionnelles est importante car, outre le fait qu’elle représente une pratique sportive particulièrement technique et spectaculaire, elle représente aussi un vrai patrimoine. Patrimoine du Pays Basque, certes, mais aussi patrimoine de l’Aquitaine tout entière ». Concrètement ?

Reprenant ces affirmations, un des membres de l’association alors en gestation, dès 2003, demanda l’inscription de la Pelote Basque au Centre départemental d’Education du Patrimoine d’Irissarry. Le CG64 y organisa la « mise en place d’une offre pédagogique intégrant les dimensions patrimoniales et sportives de la Pelote Basque ». Le demandeur y participa, ainsi que le Président de la Section Pelote Basque de l’Aviron Bayonnais (SPBAB). La synthèse des travaux auxquels furent jointes la LPPB et la FFPB ne fit qu’une allusion minimale aux premières « dimensions ».

Dès sa création, Pilotazain convainc la SPBAB. De concert, elles font inscrire la Pelote Basque au programme des animations des Journées Européennes du Patrimoine de la Ville. Mais rien n’est encore officiel alors qu’en 2010, le Maire de Bayonne considère que « les corridas, le rugby et les fêtes font partie du patrimoine (de sa Ville) » oubliant la Pelote Basque et refusant de revenir sur son oubli, oubliant aussi qu’il avait déclaré, lors de l’inauguration du Trinquet Moderne « Bayonne, capitale de la Pelote Basque ».

Une « Fiche d’inventaire du 01 09 2012 au Patrimoine Culturel Immatériel (PCI) de la France » nous donne à constater que la Main nue en trinquet a été inscrite à l’inventaire du PCI. Il s’agit du résultat de travaux de thèse qu’une chercheuse viendra présenter au Musée Basque. D’autres travaux personnels auraient abouti à l’inscription du Pasaka, du Rebot et du Laxoa (d’après Wikipédia). Pourquoi cette dispersion de recherches ponctuelles et d’énergies sans un objectif fédéral d’ensemble ? Sans aucune trace de confirmation dans le Magazine Pilota de la FFPB qui semble ignorer les faits ? En fin de compte, s’agit-il là de la meilleure manière d’aller décrocher le Label de l’Unesco pour la reconnaissance du Patrimoine Pelote Basque ? Son obtention ne l’aiderait-elle pas à redorer son image pour mieux contribuer à son développement ?

Fin 2012, enfin, le Président de la FFPB fraîchement élu L.Echeverria crée une Commission Patrimoine (CP). Mise en place sans précipitation. En 2016, un Groupe de Travail créé par la nouvelle équipe municipale bayonnaise a commencé avec cette CP, la SPBAB et Pilotazain, à gérer la mise en place – à partir de Bayonne (siège de la FFPB) -d’une Route de la Pelote Basque (il existe une Ruta de la Pelota en Navarre depuis 2010 !), 1er pas vers une reconnaissance du Patrimoine culturel Pelote Basque. Mais le Route de la Pelote Basque, toujours à l’état de projet, n’est pas encore passée par le Trinquet du Golf de Biarritz.

L’exemple de la FFPB est suivi en 2016 par la FIPV qui nomme un responsable Patrimoine, l’Argentin Pablo Ubierna. Mais la FIPV ignore que le Patrimoine culturel Pelote Basque comprend notamment son expression linguistique en euskara et supprime de ses Statuts son existence en tant que langue « officielle » ou même « langue de travail », promotion obtenue de même par l’anglais, sous le précédent Président, et conservée de 2002 à 2014. Si les Statuts 2015 haussent l’anglais au rang de langue officielle de la FIPV, l’euskara, lui, en est tout simplement éliminé.

Donc, rien n’est encore gagné sur la reconnaissance officielle de Patrimoine pour la Pelote Basque, et dans l’attente, il y a de quoi s’inquiéter pour bien des installations..

d’autre part, la conscience des risques que font prendre à ce Patrimoine le genre de transaction immobilière qui menace le Trinquet du Golf. Beaucoup auront en mémoire de fâcheuses précédentes disparitions (un Mur à gauche à Bayonne au quartier Sainsontan, le Trinquet Ximun et ses squashs à Anglet, sans compter Biarritz où le cas présent n’est qu’un exemple de plus) ou peuvent aussi s’inquiéter du sort des trinquets d’Ustaritz (St Martin) ou d’Itxassou. Au-delà des craintes individuelles, au-delà des refus martelés par l’Association Gardons nos frontons, le Président FFPB craint la généralisation de la transformation des places libres en parkings et aurait demandé que toutes les aires de pelote de Biarritz soient classées. Pourquoi pas les autres ? La FFPB a-t-elle une ligne budgétaire destinée à amorcer ce classement ? Quant à la FIPB, on ne s’étonnera pas que son Président ait soutenu la démarche de la nouvelle association, lui qui a usé de son influence et de ses réseaux pour faire renaître quelquefois des décombres les Jai Alai de Mexico, La Havane, Colonia… Qui peut le plus peut le moins : aura-t-il les arguments (éventuellement sonnants et trébuchants comme dans les cas cités) pour faire classer non seulement les « aires de pelote de Biarritz » mais ensuite aussi la globalité des installations du Patrimoine Pelote Basque ? Mais qu’en sera-t-il de l’artisanat, de l’ensemble des spécialités ? A leur propos, M. Abeberry rappelait déjà en 1981 (éditorial de Pilota n°63) : « La Pelote Basque est un tout. Elle comporte plusieurs spécialités qui en sont des composantes intégrales et à part entière… Vous aimez l’athlétisme : même si vous préférez les courses de cent mètres, vous ne dédaignez pas le saut à la perche ou le lancer de disque. Enfin, si la pelote et basque, fière de l’être et de son enracinement, elle n’est nullement réservée aux Basques. C’est le sport d’un peuple pour tous les peuples…un sport moderne, un sport pour tous… ».

Malgré ces fondamentaux, la FIPV a cru bon, un temps, de privilégier une sélection (réduites à 4 Main nue et paléta cuir en 36m, baline et frontenis sur le même fronton limité à 30m) de pratiques dans l’objectif très improbable et lointain de la présence de la Pelote Basque dans les compétitions olympiques, en même temps qu’elle faisait se répandre l’opinion que la Pelote Basque souffrait d’avoir engendré « trop de spécialités ». Elle avait pourtant laissé disparaître des Mondiaux le frontennis pour pelote de cuir et les spécialités de place libre. Et voilà qu’elle inclue aujourd’hui dans ses pratiques le Frontball. Sans doute du bon et du mauvais, l’avenir nous le dira. Ces changements à vue de la politique fédérale internationale sont-ils propres à rétablir la confiance de ceux qui veulent « garder nos frontons », dont le Trinquet du Golf et l’ensemble des éléments de notre Patrimoine ?

 

Espérons que seront entendus les arguments des uns et des autres et que les rencontres et discussions de « table ronde »qui s’annoncent puissent aboutir à la résolution du cas local. Mais servent aussi à mettre en place une rencontre permanente multipartite de démocratie participative. La Pelote Basque et ses Institutions en ont besoin. Pilotazain y est prête. Dans ces conditions,  des mesures sont à envisager d’urgence pour une solution globale de Sauvegarde et de Promotion du Patrimoine Pelote Basque.

Notre jeunesse doit en être instruite pour s’investir dans sa riche pratique et régaler de son spectacle tous publics et toutes générations, ici et ailleurs. Non seulement dans les écoles de clubs, par des cadres dûment diplômés, mais aussi dans le système éducatif  par les professeurs (d’Ecoles ou d’EPS des Collèges et Lycées de l’EN ou des établissements sous contrat) qui auront été eux-mêmes formés à enseigner les divers aspects d’une discipline patrimoniale et internationale, donc gage d’ouverture d’esprit, d’échanges culturels fructueux et donc de Paix.

Jakès Saldubehere, président de l’association Pilotazain

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